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 [Cyrcée] Une fin programmée

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Cyrcée

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Date d'inscription : 05/07/2016

MessageSujet: [Cyrcée] Une fin programmée   Lun 25 Sep - 12:22

Une pluie torrentielle s’abattait depuis plusieurs heures sur l’épaisse forêt lorsqu’une petite main sortit brutalement d’entre deux grosses racines d’un arbre au tronc noueux.

Une créature menue s’extirpa difficilement de sa gangue de boue, rampant au sol, tellement recouverte de tourbe que seuls étaient visibles ses petits yeux encore à moitié aveugle.

Un éclair l’illumina un bref instant, la faisant cligner des paupières. Lentement elle se tourna vers l’arbre, s’agrippant au sol détrempé, puis à l’écorce rêche. Elle devait monter, c’est tout ce qu’elle savait, son instinct lui ordonnant de grimper, encore et encore, atteindre la cime et attendre….

Elle ne voyait pas que d’autres, comme elle, sortaient d’un peu partout autour des arbres de cette immense sylve millénaire. L’heure était venue, la nature elle-même avait décidé du jour de leur naissance, déversant des litres et des litres de pluie diluvienne pour rendre la terre plus meuble, permettant aux petites choses emprisonnées dans leur poche placentaire de creuser le sol pour pouvoir s’en extraire. Leur développement n’avait pas encore atteint son terme lorsque les génitrices étaient venues accoucher, creusant des trous aux pieds des arbres de cette grande forêt, pour y cacher leur progéniture, comme leurs mères avant elles. Elles n’avaient laissé que de tout petits embryons, protégés dans un cocon matriciel, les laissant seul, sans se retourner.

La sélection naturelle avait commencé dès que les premières gouttes étaient tombées : seuls ceux ayant fini leur croissance pourraient sortir, aidé par l’eau qui détrempait le sol, le rendant plus facile à creuser. Les autres resteraient coincés, soit jusqu’à la prochaine pluie, ou alors mouraient, étouffés dans leur cocon trop petit qui deviendrait leur tombe.

Des dizaines de ces petites choses grimpaient, violemment brassés par la pluie, qui les nettoyait de toute trace de boue, pour qu’une fois en haut, ils soient débarrassés de toute impureté : le développement de leurs ailes en dépendait.

La petite femelle montait, se passant une minuscule main nerveuse sur ses paupières, cherchant à voir le haut, le ciel, là où son instinct lui ordonnait d’aller.

Parfois, un cri frêle se faisait entendre entre deux roulements de tonnerre : l’un d’eux venait d’être happé par un prédateur. Ils étaient nombreux à voler, guettant les troncs d’arbres à la recherche de ces petites choses à peine nés et qui, pour la plupart, n’atteindraient jamais la cime, dévorés sans même comprendre ce qu’il se passait.

Elle se plaqua un instant sur l’écorce rêche en sentant le souffle des ailes d’un chasseur au corps écailleux et aux griffes et crocs acérés. Il ne la vit pas ; elle continua à grimper.

Son instinct ne lui laissait aucun répit, pas de libre arbitre : elle devait atteindre la cime avant le levé du soleil, afin que les premiers rayons, plus doux, puissent lentement sécher ses ailes, leur permettant un parfait déploiement, et lui garantissant une bonne constitution physique, faisant d’elle une survivante de cette nuit meurtrière.

Elle entendait les cris d’agonie de ses frères de sang, son cœur battait la chamade, la peur la tenaillait mais elle continuait inexorablement à monter, son petit visage levé, ses yeux dont la couleur finale apparaissait : deux émeraudes scintillantes d’une rage de vivre qui s'intensifiait au fur et à mesure de sa progression.

Ses ailes encore flétries lui pesait dans le dos, ses mains se tétanisaient lentement, mais elle DEVAIT y arriver !

Puis, la cime, enfin !

Elle se hissa, puisant dans ses dernières forces, se couchant sur la plus haute branche, haletant autant de fatigue que de peur. Elle était encore plus vulnérable ici, bien plus plus visible et dans l’incapacité de pouvoir descendre ou voler.

Elle se plaqua, attendant durant de longues minutes, les yeux fermés, sous une pluie encore battante, puis lentement, le soleil se leva, chassant les nuages.

Pour la première fois de sa vie, la petite créature en sentit la douce chaleur et elle poussa un léger soupir alors que ses ailes se déployait lentement.

Elle patienta encore, les faisant bouger prudemment, puis, elle fit ce que son instinct lui dictait une fois de plus : elle se laissa glisser de la branche, se laissant tomber : ultime épreuve de sa naissance. Soit ses ailes se mettaient à la porter, soit elle s’écraserait au sol.  

-----------------

La sensation d’une chute, un choc brutal, Cyrcée sursauta dans son lit, en inspirant brutalement, ouvrant les yeux et se retenant au dernier moment de se lever d’un bond.

Elle resta immobile, attendant de voir si elle avait réveillé Toni. Comme il ne bougeait pas, elle se glissa hors du lit, en sueur, pour s’habiller silencieusement et sortir du Bureau, une ombre parmi les ombres.

Elle alla sur la plage, se redéshabillant pour plonger dans l’eau fraîche, s’arrêtant pour faire la planche, fixant la lune haute dans ciel.

Ce n’est qu’une fois-là, qu’elle se permit de repenser à son rêve.

Pourquoi revivre sa naissance ? Elle ferma les yeux, se laissant porter. Elle connaissait parfaitement la réponse : Son instinct lui parlait à nouveau.

Celui-là même qui avait régit toute sa vie depuis sa sortie de cette gangue de boue. Il lui avait dit comment naître, comment survivre et maintenant, il lui murmurait comment mourir….

Elle serra la mâchoire. Elle ne devait surtout pas leur dire, ils ne comprendraient pas, ils n’étaient pas de son monde. Ils l’empêcheraient sûrement même, ne supportant pas l’idée qu’elle parte pour ne plus jamais revenir.

L’heure approchait, son instinct lui disait. Voilà pourquoi elle était souvent absente du bureau : Elle cherchait l’endroit où elle allait devoir aller, fermer les yeux et laisser son âme s’envoler.

Le cœur de dragon la terrassait lentement mais sûrement. Est-qu’Isolmnyr avait prévu cette fin ? Savait-il qu’elle ne pourrait pas survivre longtemps en continuant à se battre contre lui ? Le défiant en en aimant un autre au point d’y laisser sa vie ?

Sûrement…. Peut-être même arriverait-il à savoir où elle irait se cacher, et qu’il viendrait, la regardant s’éteindre, son âme obligée de quitter ce corps qui se désagrègerai.

Elle soupira, plongeant pour ne pas sentir les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux.

Ce n’est qu’une heure après qu’elle revint se lover contre l’homme qu’elle aimait, savourant sa chaleur, respirant son odeur, profitant de chaque instant avec lui, jusqu’à ce que son instinct lui rappelle un ordre millénaire : « Les fées se cachent pour mourir »



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